Entre obstacles et espoirs : étudier en France après l'exil | UNI-R

2025-09-25

Entre obstacles et espoirs : étudier en France après l'exil

Entre 2024 et 2025, UniR a mené une enquête sur les conditions d’accès aux études supérieures des personnes en exil en France. Près de 250 participant·es accompagné·es par l’association ont répondu à un questionnaire en ligne, permettant de dresser un premier état des lieux.

Bien qu’elle ne prétende pas couvrir l’ensemble des parcours ni des territoires, elle apporte un éclairage précieux sur les réalités vécues par les personnes exilées qui souhaitent poursuivre ou reprendre des études.

 

Des parcours solides avant l’exil

La majorité des répondant·es sont originaires principalement d’Afghanistan, du Bangladesh, du Soudan et d’Ukraine, pour un âge moyen de 32 ans. Avant leur arrivée en France, près des deux tiers exerçaient une activité professionnelle, souvent qualifiée, dont 19% occupaient des postes de cadre ou de profession intellectuelle. Ces données rappellent que beaucoup disposent de compétences et de qualifications solides, souvent invisibilisées dans les discours publics.

 

Un déclassement brutal à l’arrivée en France

À leur arrivée, la situation change radicalement : 60% des participant·es se retrouvent sans activité professionnelle et seuls 18% accèdent à un emploi sans reprise d’études, souvent dans des secteurs comme la restauration ou la logistique. Aucun·e n’occupe de poste de cadre, ce qui marque une rupture profonde entre les positions occupées avant et après l’exil.

 

Diplômé·es mais freiné·es dans leur parcours académique

Pourtant, le niveau de formation est élevé : 58% détiennent un diplôme supérieur à bac+3. En moyenne, deux années s’écoulent avant l’accès aux études en France, principalement par le biais de diplômes universitaires passerelles (qui combinent remise à niveau linguistique et préparation méthodologique). Malgré ces dispositifs, seuls 40% des répondant·es sont parvenu·es à reprendre ou poursuivre un cursus.

 

Des obstacles à la réussite

Les freins sont multiples : instabilité du logement, difficultés administratives ou encore précarité financière. Durant leurs études, 67% déclarent encore être confronté·es à ces difficultés, auxquelles s’ajoutent des frais universitaires élevés et un accès limité aux bourses. Beaucoup travaillent parallèlement à leurs études (42%), contre seulement 5,3% dans la population étudiante générale. À ces contraintes matérielles s’ajoutent un sentiment d’illégitimité, ainsi que des expériences d’isolement ou de racisme au sein de l’université.

 

Les études comme levier d’avenir

Malgré tout, plus de 80% des étudiant·es interrogé·es ici se disent satisfait·es de leur parcours académique en France. Pour certain·es, ils représentent l’accomplissement d’un rêve ; pour d’autres, une stratégie pragmatique face aux difficultés d’accès au marché de l’emploi. Les études apparaissent ainsi comme un moyen de compenser le déclassement, un levier d’insertion sociale et professionnelle, mais aussi comme un espace de réparation symbolique et sociale.